La peinture de Shin Saimdang, recherche de la vérité dans la nature

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« Pastèque et campagnols » Shin Saimdang

Aujourd’hui je vous propose à découvrir SHIN Saimdang (1504 – 1551; prononciation [Shin-Sa-Im-Dang]) ainsi que ses œuvres d’art.

Peintre, poétesse, calligraphe du 16ème siècle (l’époque de Joseon), Shin Saimdang est un personnage important à connaître pour ceux qui découvrent la culture et l’art de la Corée.

Son importance se remarque assez facilement : elle   apparaît sur le billet de 50 000 Won (~ 50 dollars; le won est la monnaie coréenne; voir l’image ci-dessous). Pourtant ce qui est encore plus particulier est que son fils Yi-I apparaît également sur un autre billet coréen, celui de 5 000 Won (~5 dollars; voir l’image ci-dessous).

Cette grande figure politique est indéniablement l’un des plus grands érudits confucéens et élites en Corée. Yi I est également connu pour avoir beaucoup apprécié et respecté sa mère et certaines de ses propres philosophies ont été influencées par celle ci.

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Billet coréen de 50 000 Won avec Shin Saimdang et sa peinture des grappes de raisins

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Billet coréen de 5 000 WON avec Yi I

Shin Saimdang est une femme assez particulière. Sous l’influence du confucianisme et de la tradition agricole, son époque n’était pas du tout favorable aux femmes. La plupart d’elles ne savaient pas lire ; elles n’étaient simplement pas autorisées à aller à l’école et à poursuivre des études.
Pourtant, dès sa jeunesse, ses parents ont vite découvert ses talents artistiques et littéraires. Son père a fait tout ce qui était possible pour qu’elle continue à étudier et à développer ses talents, en n’hésitant pas à éduquer sa fille lui-même, à la maison.

Je partage avec vous un épisode très connu qui montre ses talents artistiques :

Lors d’une fête, une servante versa de la soupe par erreur sur la robe d’une invitée. Cette dame d’une famille modeste était très embêtée, car elle avait loué cette robe pour la fête, et elle n’avait pas de moyen pour la rembourser. Or, Saimdang lui demanda sa robe et y dessina des grappes de raisin. Chaque fois qu’elle passait un coup de pinceau sur les traces, celles-ci se transformaient en grains de raisin appétissants. Enfin Saimdang lui dit : « Vendez cette robe au marché, vous obtiendrez la somme nécessaire pour en acheter une nouvelle robe »

L’Histoire du 16ème siècle a été rédigée par les hommes confucéens de l’époque ; ils avaient tendance à idéaliser Saimdang sous l’angle d’une femme au foyer féminine et gentille. Cependant aujourd’hui on cherche à valoriser Saimdang au delà, c’est à dire, en tant qu’intellectuel, artiste et poétesse.

Dans la société coréenne, Saimdang symbolise maintenant une femme sage et intelligente qui a bien géré sa famille tout en développant ses talents artistiques et littéraires malgré la situation de l’époque qui privait et sous-valorisait les femmes.

  • Style de peinture : Le Chochungdo

Le Chochungdo est une série de ses peintures qui nous sont parvenues. Si je traduis le Chochungdo mot par mot, cela signifie « la peinture des herbes et des insectes ».

Du point de vue traditionnel, ce type de sujet peut paraître insignifiant, car ce sont des sujets banals et ils n’ont pas vraiment de grandeur et de nouveauté. Les peintres de l’époque s’intéressaient aux tigres et aux dragons plutôt qu’aux insectes ou aux grenouilles, et aux nymphéas plutôt qu’aux plants de concombres et de melons.

Pourtant elle était différente. Elle trouvait la beauté dans la nature banale et commune, mais proche de nous. Les images ci dessous sont des œuvres de Shin Saimdang. (J’ai passé beaucoup de temps à traduire les noms de toutes ces plantes et insectes en Français !) Sa capacité à observer différents sujets de nature est remarquable. Elle prend au sérieux même des petits êtres vivants et elle essaie de comprendre la vérité des objets par une observation précise (c’est une des leçons du confucianisme).

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Titre : Aubergines et criquet

맨드라미와 쇠똥벌레

Titre : Crête de coq et scarabées :)

산사초기와 사마귀

Titre : Shiso (Perilla, une sorte de sésame) et une mante religieuse

양귀비와 도마뱀

Titre : Pavot et lézard

어숭이와 개구리

Titre: Rose trémière et grenouille (et une cigale!)

원추리와 개구리

Titre : Belle d’un jour et grenouille

J’ai peut être trouvé une autre explication pour laquelle elle a peint fréquemment ce type de sujets. En fait je pense toujours qu’un des rôles les plus importants de l’art est de tracer l’histoire et l’époque. De ce point de vue, d’un côté ces œuvres nous témoignent les plantes et les insectes de l’époque; mais d’un autre côté je me suis dit que les sujets de ses peintures montrent peut être indirectement la limite des femmes de l’époque : Elles devaient souvent rester à la maison, leur trajet et leurs sujets d’observation devait donc être limité aux alentours de chez elles. Contrairement aux hommes, elles n’avaient pas de possibilités pour voyager et découvrir le monde.

On dit également que son style de peinture a influencé la peinture folklorique du 19ème siècle. Une source m’indique qu’on peut aller voir quelques peintures folkloriques coréennes de l’époque au Musée Guimet, à Paris.

Dans cet article, je n’ai pas abordé ses œuvres littéraires. Je ne suis tout simplement pas encore en mesure de comprendre des poèmes anciens et donc de les traduire en français correctement. Ce que je peux vous dire par contre est que ses poèmes chantent souvent l’amour vers ses parents qu’elle a dû quitter suite à son mariage. Son amour vers ses parents était tellement fort qu’elle arrivait à trouver des solutions pour vivre ensemble pendant quelques années avec eux et pour vivre proche d’eux (ce qui était normalement impossible à l’époque pour une femme mariée).

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Maison de naissance de Shin Saimdang à Gangleung (région de Gangwondo)

Son fils Yi I lui ressemble exactement. A l’âge de 16 ans, après le décès de Saimdang, il décide d’accomplir la cérémonie confucéenne du deuil (qui n’était pourtant pas obligatoire). Elle consiste à s’occuper du tombeau de son parent décédé pendant 3 ans dans une hutte construite à côté. Elle a pour but de souhaiter un bon repos à l’âme ainsi que de prendre le temps nécessaire pour regretter son ingratitude envers son parent qui a quitté le monde.

Ce paragraphe me donne une autre idée d’article qui pourrait être intéressante. Je vais peut être écrire un billet sur la mort selon la tradition coréenne et quels types d’expressions existent pour la décrire. La mort est elle la fin de tout ? Certainement pas :-)