Hwan Ki KIM et les jarres de Lune dans ses toiles

Dal Hang-A-Ri (Jarre de Lune)

Dal Hang-A-Ri (Jarre de Lune) ; « La jarre de Lune coréenne, hommage superlatif à la vertu de la modestie – Alain de Botton (dans son livre : Art as Therapy) »

Avez-vous bien apprécié la jarre de lune coréenne ? (voir l’article précédent sur les céramiques coréennes). Alors vous voilà prêts à découvrir l’artiste Hwan Ki KIM (ou bien Whan Ki KIM, 1913 – 1974), aussi appelé le Picasso de la Corée. Il est considéré comme le pionner de l’art moderne coréen.

jarres (1955) Hwan Ki, KIM

Jarres (1955 ©Fondation Hwan Ki) Hwan Ki KIM

La jarre de lune représente la beauté spéciale qu’on arrive à atteindre dans un état de désintéressement total, et à faire le vide dans son cœur. Sa couleur blanche est le symbole de la pureté, et sa forme ronde non parfaite exprime l’intimité et la naïveté; mais elle nous délivre également une leçon de vie importante : l’art de vivre et de s’aimer soi même tel que l’on est.

Hwan Ki KIM est né en 1913 dans un village d’une petite d’île, dans le sud de la péninsule. Il grandit en regardant la mer bleue et le ciel de nuit sans fin et profond. Influencé par cette enfance, il se sentait libre, heureux et en paix en regardant le ciel bleu.

Dans ses œuvres, on trouve non seulement différents éléments de la nature tels que la rivière, les montagnes, le ciel, les oiseaux, et les nuages, mais aussi des éléments qui rappellent les objets d’art de la Corée, notamment la jarre de lune.

Composition des images : www.solip.fr

Composition des images : www.solip.fr

Son amour pur de l’art coréen, mais aussi son séjour à Paris entre 1956 et 1960, ont été des influences importantes qui l’ont mené à introduire des objets traditionnels coréens dans ses toiles.

En 1937, il rentre en Corée après ses études de beaux arts au Japon; il y établit la base de l’art abstrait et s’implique et dirige activement le modernisme coréen. Son œuvre « Rondo » (1938, voir ci-dessous) est considérée comme le premier tableau abstrait en Corée.

Rondo (1938) Hwan Ki, KIM

Rondo (1938 ©Fondation Hwan Ki) Whan Ki KIM

  • Séjour à Paris (1956-1960) : Le bleu coréen et le bleu occidental sont différents !
L'artsite Hwan Ki, KIm et sa épouse à Paris (1957)

L’artsite Hwan Ki KIM et sa épouse Hyang An KIM à Paris (1957).  Le soutien de sa femme a été crucial tout au long de la vie artistique de Hwan Ki KIM. En écoutant leur histoire de couple, je ne pouvais pas dire autrement que ‘Hyang An Kim aimait l’art de son époux plus qu’elle même!’

Il ne se contente pas de rester un pionner de l’art moderne dans son pays. En 1956, cet aventurier quitte son poste de professeur, et part à Paris pour 4 ans, afin de prendre un regard extérieur pour réaliser sa position dans le domaine de l’art. Pendant cette période, on observe son fort désir d’’identification et de conservation de sa culture coréenne.

Sa tendance à garder son identité coréenne et à appliquer ses traditions dans ses travaux est ainsi accentuée. Une anecdote dit que pour ne pas être influencé, il refusait d’aller étudier au Louvre ! C’est justement une réaction opposée à la majorité des artistes qui ont passé leur temps à Paris.

Mon art n’a pas changé ici. Ce que j’ai appris à Paris est l’esprit du poème. Dans l’art, il faut contenir un chant. Dans chacune des œuvres de grands maîtres que j’observe, je trouve un chant puissant. A Paris, j’ai compris ce que je voulais chanter avec mes œuvres. – Hwan Ki KIM (Jan 1957)

jarres - 1956 - Kim Hwan Ki

Jarres (1956 © Fondation Hwan Ki). Hwan Ki KIM aimait collectionner les jarres de Lune. Parfois il les étendait toutes dans son jardin, et il était content comme un enfant en disant que la lune se levait.

Jarre de lune et Branches de labricotier- Kim Hwan Ki - 1958

Jarre de lune et branches d’abricotier (1958 © Fondation Hwan Ki)

J’ai appris l’art, la beauté, ainsi que le peuple coréen avec les céramiques coréennes. Je pense qu’elles sont mes livres scolaires. – Hwan Ki KIM

  • Séjour à New York (1963 – 1974): Où et sous quelle forme va-t-on se réunir ? (어디서 무엇이 되어 다시 만나랴)

Sa vie en tant qu’artiste fleurit pleinement et s’achève à New York, le nouveau centre de l’art moderne occidental. Tandis qu’à Paris, il se concentrait sur la recherche de l’essence de soi même, à New York, il fait différentes expériences et tente divers essais en termes des composition, matières et technique.
On y observe deux phases distinctes de sa vie artistique. Avant 1970, on trouve encore des formes dans ses toiles; mais après 1970 et jusqu’à son décès, ils expriment des sujets de l’univers ou de l’humanisme à travers des points qui se réunissent en lignes et des lignes se réunissent en surfaces.
Il s’éteint soudainement à New York en 1974 à l’âge de 61 ans, dans les bras de sa femme qui l’a accompagné et l’a encouragé tout au long de sa vie.

1. 27-VIII-70 #186 (1970) 2. 14-VII-71 #217 (1971) 3. 10-VII-70 #185 (1970)

1. 27-VIII-70 #186 (1970) ; 2. 14-VII-71 #217 (1971) ; 3. 10-VII-70 #185 (1970) ©Fondation Hwan Ki

Dans chaque pays, cet ancien président du Hongik Art College (l’école des beaux arts la plus célèbre de Corée) a dû recommencer depuis le début. A New York, à un âge tardif, il a dû travailler dans une usine pour gagner sa vie avec sa femme tout en continuant sa vie artistique. Pourtant, cette difficulté de départ ne l’a pas découragé pour continuer à relever ses défis. Son esprit aventurier ainsi que sa motivation d’évoluer et de progresser dans l’art étaient plus forts que tous les obstacles apparents. Certaines fois, il aurait pu être découragé quand ses oeuvres ne se vendaient pas. Pourtant il disait simplement : « Je vais mieux depuis que j’ai décidé de ne pas vendre mes œuvres ».

Hwan Ki KIM est également apprécié par sa forte motivation pour garder sa propre culture. N’est ce pas une belle rencontre entre l’art coréen et l’art occidental ? Il a mené sa vie artistique avec tout son corps, dans le silence, bien loin de son pays natal. Chaque point qu’il dessine reflète son manque du pays, de sa famille et de ses amis. Ses toiles teintées de la nostalgie vers la Corée touchent particulièrement mon cœur.

1. Untitled3-VIII-1972 #227 (1972) 2. Duet 22-IV-74 #331 (1974)  3. untitled7-VII-74 (1974)

1. Untitled3-VIII-1972 #227 (1972)  2. Duet 22-IV-74 #331 (1974) 3. untitled7-VII-74 (1974) ©Fondation Hwan Ki

Sources:
Toutes les oeuvres présentées ici appartiennent à la fondation Hwan Ki, et au musée de Hwan Ki en Corée du sud.
Cet article est basé sur les articles suivants écrits en Coréen : encyclopédie de Naver ; Période New York de Hwan Ki KIM Naver; Période Paris de Hwan Ki Kim Naver