[Art] voyage musical autour du Gayageum

La semaine dernière, avec un grand enthousiasme, ma mère m’appelle et me dit qu’elle a trouvé l’instrument de sa vie ! :) Son amour pour la musique est très fort, d’ailleurs c’est grâce à elle que j’ai découvert le piano. Jusqu’à présent elle a essayé beaucoup d’instruments, mais elle n’a pas pu trouver ce qui lui convient le mieux.

Maintenant ça y est ! D’abord elle est fière de jouer un instrument traditionnel de son pays. De plus après avoir suivi quelques cours, elle me dit que ce n’est non seulement un cours de musique mais aussi un cours qui enseigne le Tao (道 : c’est un concept philosophique important chez les Coréens, On dit souvent qu’avant de commencer quoi que ce soit, il faut d’abord connaître son ordre ainsi que sa raison fondamentale, et se mettre dans une bonne attitude).

L’instrument qui fait honneur est le Gayageum ! Mais…  qu’est ce que c’est ?

A quoi ressemble-t-il ?
C’est l’un des instruments traditionnels les plus aimés par les Coréens, il fait partie de la famille des cithares. Il est composé de 12 cordes en soie. On le joue assis par terre et on le pose sur nos jambes.

Kayagumplayer2

Image: Wikipedia This file is licensed under the Creative Commons Attribution 1.0 Generic license.

On crée des sons en pinçant les cordes avec la main droite et en appuyant sur des cordes avec la main gauche. La vidéo de 45 sec ci-dessous décrit très bien la méthode de jeu du Gayageum.

Comment on le fabrique ?
Peut être vous vous rappelez de mon article qui présente une œuvre de Jung Sun ? En la commentant, je vous ai rapidement parlé d’un arbre qui se trouvait dans son jardin.

Cet arbre s’appelle le paulownia. A partir de ce bois, on crée la forme de cet instrument, puis on y accroche 12 cordes en soie.

Ce bois est utilisé non seulement pour fabriquer des instruments traditionnels coréens, mais aussi pour des meubles. Dans l’histoire, on disait que si on fait naître une fille, on devait planter un paulownia dans le jardin: D’après notre tradition, quand une fille se marie, sa famille offre à ce couple du mobilier fabriqué à partir de ce bois très solide.

Une ancienne anecdote dit que certains nobles ont même failli perdre leur statut à cause de cet arbre. En fait on trouvait des paulownias de bonne qualité dans le jardin des instituts d’éducation (équivalents à des universités de nos jours). L’histoire dit que ces nobles ont essayé de couper illégalement des paulownias pour fabriquer un bon Gayageum ou d’autres instruments.

Tout cela montre l’amour de nos ancêtres pour cet arbre solide, rigoureux, utile et efficace ! Avec 15m de hauteur en moyenne, il devient utilisable à peine au bout de 15 ans. C’est une durée courte par rapport à d’autres arbres coréens qui ont besoin de 30 à 50 ans, voire 100 ans pour être utilisables.

Certaines caractéristiques de cet arbre plaisent aux anciens coréens. Il ne brûle pas facilement, ne prend pas d’humidité et ne pourrit pas.

Un peu d’histore ?
Le nom de Gayageum est composé de Gaya et Geum, ce qui signifie la cithare d’un ancien pays qui s’appelait « Gaya ». Au début de notre ère, la Corée était formée de plusieurs pays. Gaya était l’un de ces pays, qui n’a malheureusement pas existé longtemps. On dit que cet instrument a été créé vers le 3ème siècle (certains historiens disent même avant J-C, mais d’autres au 6ème siècle), inspiré d’un instrument chinois de l’époque Tang qui s’appelle Guzheng (voir l’image ci dessous : C’est une cithare à table composée de 21 cordes qui se joue assis).

This file is licensed under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license. http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Qin-Songyang.JPG

Image source: Wikipedia This file is licensed under the Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license.

Pour finir, je partage une vidéo de Sanjo de Gayageum (le Sanjo est une forme de musique instrumentale (souvent) en solo qui appartient à la musique traditionnelle coréenne).

Je commence parfois ma matinée avec des morceaux de Sanjo qui durent près d’1 h. Ils me détendent et m’aident à me concentrer.

Je trouve que le Sanjo correspond bien à la mentalité de l’art coréen, qui n’hésite pas entre autres à privilégier le vide dans son jeu.

Chez les Coréens, le vide est élégant et c’est un concept important : il fait partie de la nature.

On n’essaie pas de vouloir forcément remplir le vide, mais on laisse comme il est. On peut facilement remarquer ce concept de vide dans les peintures mais aussi dans des morceaux de musique (Dans un prochain article, je n’oublierai pas de présenter ce concept avec un peu plus de profondeur).

Avec la peinture européenne, j’apprécie le remplissage riche, mais avec l’art de mon pays, j’apprécie la richesse du vide.

Ne trouvez donc pas bizarre de rencontrer des Coréens silencieux, cela fait partie de nos personnalité et mentalité.

Bonne écoute,